Planification financière
Peut-on rattraper le temps perdu?
Comme le dit le dicton, «Paris ne s’est pas construite en un jour». La planification d’une retraite s’étale donc sur plusieurs années, et le temps a beaucoup d’importance. Plus tôt vous commencerez à y penser, meilleures seront vos chances de profiter d’une retraite à la hauteur de vos espérances.
Bien souvent, des conseillers en placements qui ont une approche de planification financière se font dire: «Ah, si j’avais pu vous connaître, il y a 15 ans!». Dans la trentaine et encore moins dans la vingtaine, la grande majorité des individus ont très peu de soucis pour leurs vieux jours. Cela n’empêche pas la plupart des gens de rêver de liberté 55! On comprend mieux maintenant pourquoi tant de Québécois achètent des billets de loterie.Pourtant, plusieurs facteurs militent en faveur d’une vie active plus longue: espoir de rendements futurs moins élevés, espérance de vie plus grande, présence de moins en moins de personnes sur le marché du travail pour soutenir les retraités étant donné notre faible taux de natalité. Selon Statistique Canada (www.statcan.ca), 12,8 % des Canadiens étaient âgés de 65 ans et plus au 1er juillet 2003. En 2026, on juge (en prenant un scénario de croissance moyenne établi à partir de la population estimée en 2000) que cette proportion grimpera à 21,5 %. Comme l’indique le tableau ci-contre, l’espérance de vie des Canadiens progresse constamment.
Espérance de vie au Canada
NOMBRE D’ANNÉES
Hommes Femmes
1920-1922 59 61
1930-1932 60 62
1940-1942 63 66
1950-1952 66 71
1960-1962 68 74
1970-1972 69 76
1980-1982 72 79
1990-1992 75 81
Il est dur de croire qu’en travaillant 30 ans nous pourrions jouir d’une retraite décente qui durerait tout aussi longtemps. Financièrement, c’est difficile d’y arriver. Il faut donc changer ces attentes à moins de gagner à la loterie ou d’hériter d’une importante somme, quoi qu’en disent certaines personnes. Par exemple, l’ingénieur physicien et auteur Pierre Morency mentionne dans ses conférences qu’il est illogique de travailler toute sa vie en vue d’une retraite dorée, car au bout du compte les retraités utilisent leurs épargnes pour payer leurs médicaments.
Désolé, je suis trop terre-à-terre pour partager une telle philosophie. Vous connaissez tous l’état lamentable des finances publiques. Dans ce contexte, que peut-on espérer de mieux pour nos futures retraites que le maintien des prestations actuelles, celles de la pension de la sécurité de la vieillesse (PSV), du supplément de revenu garanti (SRG) et de la rente de la Régie des rentes du Québec (RRQ)? Par conséquent, il faut commencer à planifier sa retraite le plus tôt possible.
Comme dans toute chose, c’est une question d’équilibre. Des tomates, c’est bon, mais pensez-vous que manger uniquement des tomates, c’est sain pour la santé? Le même raisonnement devrait être appliqué à la planification financière de votre retraite. Continuez de profiter de la vie, mais n’oubliez pas de mettre un peu d’argent de côté.
Le cas de Louise et André Afin d’y voir un peu plus clair, regardons le cas de Louise et André, âgés tous les deux de 40 ans. Mariés depuis 15 ans et sans enfant, ils n’ont jusqu’ici vécu que pour les voyages et le paiement de leur hypothèque. Leur maison acquise pour 150 000 $ il y a 15 ans vaut maintenant 230 000 $, et ils ont un solde hypothécaire de 30 000 $. Ils ont chacun des cotisations REÉR inutilisées de 85 000 $, mais n’ont aucune épargne REÉR.
Présentement, ils versent des mensualités d’environ 1000 $ par mois. Louise occupe un bon emploi administratif dans une grande entreprise québécoise. Mais elle ne peut plus blairer son nouveau patron. Elle aimerait retourner aux études pour ensuite ouvrir une garderie à la maison. Elle aurait tellement aimé avoir des enfants qu’elle désire se consoler par ce nouveau défi.
Voilà une belle situation pour tout conseiller ayant une approche de planification. Les deux conjoints reçoivent chacun 27 500 $ après toutes les déductions sur leur paye (impôts provincial et fédéral, assurance-emploi, cotisations syndicales, à la RRQ et à l’assurance collective). Comment peuvent-ils réaliser le rêve de Louise et assurer une certaine sécurité financière au couple? La meilleure solution pour Louise et André serait de profiter de leur échéance hypothécaire pour réhypothéquer leur maison. En ramenant l’hypothèque à 150 000 $, ils pourraient donc retirer 120 000 $ compte tenu qu’il leur reste 30 000 $ à payer. Comme leur retraite n’arrivera que dans 20 ans, ils pourront amortir leur hypothèque sur cette période. En date du 25 septembre 2004, les taux offerts par le courtier Multi-Prêts Hypothèques se situaient à 4,9 %. À ce taux, les mensualités seraient de 977,61 $, ce qui est inférieur à la mensualité actuelle de Louise et André.
Avant la fin de l’année 2004, les deux verseraient chacun 40 000 $ dans leur REÉR respectif. Ainsi, ils recevraient en avril tous les impôts payés en 2004, soit environ 21 000 $. Dès les premiers jours de 2005, André verserait 20 000 $ dans son REÉR personnel et 20 000 $ dans celui de sa conjointe. En remplissant les formulaires appropriés, André pourra demander à son employeur, après avoir reçu l’autorisation des deux paliers de gouvernement, de ne plus prélever d’impôt à la source. Il récupérera ainsi environ 10 500 $.
Louise aura besoin de deux ans d’études pour obtenir les crédits qui lui manquent pour compléter son cours en techniques de garderie. Comme ils ne désirent pas diminuer leur train de vie, Louise et André doivent générer les 55 000 $ qu’elle aurait habituellement reçus à titre de revenus d’emploi après impôts, assurance-chômage et RRQ. Avec leurs cotisations REÉR, ils auront reçu 31 500 $ en retour d’impôt. Il manque donc 23 500 $.
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Statistique Canada
Le REÉR au conjoint procure deux principaux avantages fiscaux: l’économie fiscale que donne un REÉR et le fractionnement du revenu avec le conjoint à la retraite. Ainsi, dans certains cas, cela maximise la pension de sécurité de la vieillesse (PSV) payable à partir de 65 ans.
Le REÉR au conjoint offre la même économie fiscale qu’une contribution REÉR régulière. Mais encore plus important, le REÉR au conjoint entraîne des économies futures d’impôt. La contribution étant déductible de votre revenu, c’est vous qui bénéficiez de l’économie fiscale. Cependant, votre conjoint devient le propriétaire et le futur rentier du REÉR.
Dans notre cas, si André avait bénéficié d’un fonds de pension de son employeur, il aurait été préférable de mettre tous les REÉR ou, à tout le moins, la très grande majorité de ceux-ci au nom de Louise. De cette manière, il aurait fractionné les futurs revenus de retraite en deux. Par exemple, il y a beaucoup moins d’impôt si chacun des conjoints déclare 25 000 $ de revenus plutôt qu’un seul des deux conjoints qui gagne 50 000 $. Louise et André auraient ainsi réduit leur taux marginal d’imposition et, par le fait même, leur facture d’impôt. Le fractionnement de revenus est une technique fondamentale de planification fiscale.
Le REÉR au conjoint représente donc un moyen de séparer le revenu à la retraite entre vous et votre conjoint. Un deuxième bénéfice du fractionnement du revenu est qu’il vous protège contre la possibilité de devoir rembourser la PSV. Au-delà d’un certain niveau de revenu, un contribuable doit rembourser en partie ou en totalité sa PSV.
Certaines règles régissent le REÉR au conjoint. Il est donc recommandé d’en discuter avec son conseiller avant de s’en prévaloir.
Louise a l’intention de travailler à temps partiel durant ces deux années, surtout l’été. Ainsi, elle pense récolter 19 000 $ après impôt. Il manque donc 4500 $ s’ils veulent conserver le même niveau de vie.
REÉP, solution intéressante
Pour y arriver, le couple pourra employer le régime d’encouragement à l’éducation permanente (REÉP) en 2006. Ainsi, André pourra retirer 10 000 $ de son REÉR puisque Louise fréquentera l’école à temps plein. Aussitôt retiré, André pourra cotiser ce montant à son REÉR. Il recevra donc un retour d’impôt d’environ 4500 $. Vous avez bien compris: le REÉP permet de retirer de l’argent de son REÉR et de l’utiliser pour cotiser à son REÉR. Donc, voilà une mission accomplie. Louise pourra retourner aux études, et le couple maintiendra son train de vie. Bien sûr, il devra augmenter la valeur de son hypothèque de 30 000 $ à 150 000 $ et ainsi la prolonger de 32 mois (2 ans et 8 mois) à 240 mois (20 ans). Les 10 000 $ retirés dans le cadre du REÉP devront être remis dans le REÉR. Pour en savoir davantage sur le REÉP, je vous invite à relire le numéro hiver 2002 du magazine Option Retraite.
En contrepartie, Louise et André ont jeté des bases solides à leur future retraite. En y déposant en quelques semaines 120 000 $, ils viennent aussi de se donner une sécurité immédiate. En effet, si Louise ne travaille pas pendant ses études, elle pourrait se prévaloir elle aussi du REÉP et ainsi retirer 20 000 $ de son REÉR. André pourrait aussi le faire de nouveau en retirant un dernier 10 000 $ de son REÉR. De plus, si l’un ou l’autre ou même les deux se retrouvent sans emploi, il est plus facile de retirer, dans un tel contexte, de l’argent d’un REÉR que de demander un prêt à son banquier.
Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les deux REÉR croîtront longuement à l’abri de l’impôt. Dans 20 ans, le couple se retrouvera avec une maison payée qui vaudra peut-être plus de 300 000 $ à ce moment-là et des REÉR combinés de plus de 460 000 $ à un rendement hypothétique de 7 %. Et s’ils économisent un peu au cours de 20 prochaines années, Louise et André pourraient être millionnaires, la retraite venue.
Chaque cas est unique
Il n’existe pas de solution préfabriquée que vous pourriez appliquer à votre propre situation personnelle et familiale. Il est fortement suggéré de rencontrer un conseiller qui a adopté les principes de planification financière dans sa pratique. Si vous lui faites assez confiance pour lui étaler franchement votre situation financière, il vous présentera des options personnalisées afin d’améliorer votre sort.
Auteur : Stéphane Mondou , Directeur du marketing , Groupe Option Retraite , s.mondou@option.ca







