Planification financière
La retraite et la nouvelle vie à l’étranger, ça se prépare
Avant de partir vers un autre pays pour savourer pleinement sa retraite, il faut prendre de nombreuses précautions et régler une foule de détails.
Pour améliorer leur qualité de vie, pour jouir d’un climat différent ou pour découvrir une nouvelle culture, certains retraités choisissent de s’établir en permanence à l’étranger. Si l’aventure peut sembler tentante, elle nécessite cependant de nombreux préparatifs. Et ceux-ci concernent une foule d’éléments: santé, fiscalité, citoyenneté, etc. Sans parler de la préparation et de la réalisation du grand déménagement et de tout ce que cela nécessite: fermeture de comptes bancaires, cessation de l’utilisation de divers services (électricité, téléphone), etc. Est-il préférable de s’occuper soi-même de toutes ces démarches administratives? «Oui!» répond sans hésiter Marcel Beaumont, un Québécois installé à Pompano Beach, en Floride, depuis 1992, trois ans après la fin de sa carrière de policier. «Évidemment, vous pouvez confier certaines tâches à un avocat, un comptable ou un fiscaliste, mais vous risquez alors de n’être qu’un client parmi d’autres. Si vous prenez les choses en main, vous vous assurerez de ne pas laisser traîner les choses», ajoute celui qui a mis en tout quatre mois à préparer son départ d’ici et son arrivée en terre américaine. Tout d’abord, il faut, bien entendu, déterminer le pays où vous vous établirez. Selon le ministère canadien des Affaires étrangères, les pays les plus populaires auprès de nos retraités ces dernières années sont, après les Etats-Unis – surtout la Floride –, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et le Liban. Parmi les éléments dont vous devez tenir compte dans votre choix, considérez d’abord l’isolement culturel. Outre votre nouveau statut de retraité, il est possible que vous deviez vous habituer à une nouvelle façon de vivre, à un milieu dont les valeurs ainsi que les us et coutumes diffèrent grandement des vôtres. Peut-être devrez-vous aussi apprendre une autre langue, accepter d’être traité comme une minorité, payer davantage qu’ici pour certaines denrées, etc. En plus d’avoir idéalement séjourné pendant quelques mois dans votre pays de destination à des fins de découvertes et d’expérimentation, assurez-vous de bien y connaître les lois en matière d’immigration. Informez-vous également au sujet des taxes, de l’impôt et de vos droits là-bas, tout en calculant minutieusement ce qu’il vous en coûtera pour vivre ailleurs et garder quand même un contact avec votre famille restée ici. La dernière précaution avant votre décision consiste à passer un examen médical et à vous enquérir des soins de santé de votre future destination. L’Agence de santé publique du Canada suggère de subir une évaluation de risque personnel de six à huit semaines avant votre départ auprès de votre médecin ou d’une clinique santé-voyage (ou clinique des voyageurs). On vous indiquera notamment si vous devez recevoir des vaccins ou un traitement contre des maladies telles que la fièvre jaune, la méningite, la malaria, etc. De plus, gardez en tête que, pour certains pays, vous devez présenter votre demande d’immigration avant de quitter le vôtre, tandis que dans d’autres on acceptera les demandes de gens entrés comme touristes.La citoyenneté: on la garde ou non?
Notez que vous n’avez pas à abandonner votre citoyenneté canadienne et que vous pouvez même détenir plus d’une nationalité. Toutefois, si vous souhaitez abandonner votre citoyenneté canadienne, il vous faudra remplir un formulaire auprès de Citoyenneté et Immigration Canada. Pour demeurer plus de six mois aux États-Unis, vous devez obtenir du gouvernement américain une autorisation de prolongement de séjour, par le Bureau des services de citoyenneté et d’immigration. Et pour vous y établir, vous devrez présenter une demande d’immigration. Le ministère des Affaires étrangères du Canada publie d’ailleurs la brochure En route pour les États-Unis, qui présente une foule de renseignements pour vous préparer à séjourner chez nos voisins du Sud. Au-delà des aspects juridiques et administratifs, Marcel Beaumont prévient les futurs exilés québécois face à certaines frustrations. «Dans bien des cas, on repart carrément à zéro, peu importe notre âge, explique-t-il. Par exemple, prenons le cas de quelqu’un qui possède une carte de crédit de catégorie Or au Québec. Comme cette personne ne présente aucun historique de crédit à l’étranger, elle pourrait éprouver de la difficulté à devenir détentrice d’une telle carte, même de la plus ordinaire et de la plus accessible. C’est la même chose pour le permis de conduire. Il faut de nouveau faire ses preuves et montrer qu’on sait comment s’y prendre au volant d’un véhicule.» Vous pouvez vous faire naturaliser, devenir résident permanent, ou même les deux. Dans la grande majorité des pays, on accorde ces statuts sur la base d’un emploi, d’un investissement ou de liens familiaux. Quant aux retraités, leur situation varie d’un pays à l’autre. Ainsi, pour les États-Unis, la retraite ne constitue pas un motif pour attribuer le statut de résident permanent. Marcel Beaumont, lui, a mis cinq ans avant d’obtenir sa citoyenneté, même s’il est entré au pays déjà en possession de la fameuse Carte verte, qui autorise son détenteur à y travailler. Il l’avait obtenue en vertu d’un tirage au cours duquel le gouvernement américain offre 40 000 de ces cartes dans le monde, dont 600 au Canada. À l’inverse, le Mexique accorde ce statut dans la mesure où le demandeur peut prouver qu’il jouit d’un revenu mensuel suffisant. Dans ce cas-ci, on parle d’environ 17 460 pesos par mois (soit à peu près 1915 $). Le Costa Rica, lui, exige un revenu mensuel de 600 $ US (environ 680 $).
Où iront vos impôts?
Au chapitre de la fiscalité, il est nécessaire de consulter l’Agence du revenu du Canada afin de déterminer s’il est avantageux ou non pour vous de conserver votre statut de résident canadien. De façon générale, si vous
vivez à l’étranger et que vous n’avez plus de lien de résidence avec le Canada, on vous considérera fiscalement comme non-résident. En quoi consistent ces liens? Il s’agit essentiellement de votre domicile, de votre conjoint, des personnes à votre charge et de vos biens matériels. Évidemment, chaque pays a ses conventions fiscales. Toutefois, un dénominateur commun à plusieurs d’entre eux est qu’ils n’imposent que les revenus reçus par une personne sur leur propre territoire. Sachez également que le Canada a signé des accords fiscaux avec plus de 75 pays. Ainsi, un Canadien établi à l’étranger ne paiera pas des impôts deux fois pour les mêmes revenus. Ces ententes fixent également les taux d’imposition pour les revenus, qu’ils proviennent d’un emploi, d’une pension, etc. Quiconque s’établit à l’étranger et n’est pas présent ici pendant au moins 183 jours par année civile perd son accès au régime d’assurance-maladie du Québec. Quant aux régimes des autres pays, chacun présente ses particularités. Ainsi, celui des États-Unis (connu sous le nom de Health Management Organization) se termine quand un résident atteint ses 65 ans. Par la suite, le Medicare le remplace. Avant votre départ, vous aurez probablement liquidé la majorité de vos biens (comme les actions de sociétés canadiennes que vous détenez, mais pas les biens immobiliers). À ce moment, les taxes sur le gain en capital s’appliquent. Vous pourrez aussi recevoir des prestations du Régime de pensions du Canada, du Régime des rentes du Québec et de la Sécurité de la vieillesse. Dans les deux premiers cas, votre situation ne change pas tant que vous respectez les conditions d’admissibilité. Pour ce qui est de la Sécurité de la vieillesse, vous y serez admissible si vous avez résidé au Canada pendant un minimum de 20 ans après vos 18 ans.
Auteur : François Perreault , , ,







