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L’investissement responsable, pourquoi pas!

Depuis quelques années, des termes comme «responsabilité sociale et placement éthique» sont de plus en plus véhiculés dans notre société. L’actualité a contribué à les populariser.

On entend de plus en plus parler du traitement que réservent les entreprises ou leurs sous-traitants à leurs employés. Plus récemment, le Gouvernement du Québec et sa société d’État, Hydro-Québec, ont fait la une avec leur projet du Suroît sur la question de l’environnement.

Ces situations et bien d’autres, comme le scandale des commandites, ont éveillé une conscience inégalée au Québec à ce jour. Fondé en 1999, le Regroupement pour la responsabilité sociale des entreprises (RRSE) n’est pas étranger à ce nouveau courant social. Ce sont des congrégations religieuses, notamment les Soeurs de Sainte-Anne, les Pères Oblats et les Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, qui sont au coeur de cette nouvelle association.

Un peu d’histoire



Les Quakers ont été les premiers à défendre l’éthique en Amérique du Nord alors qu’au XVIIe siècle ils refusaient d’investir dans les armements et le trafic d’esclaves, deux industries immorales mais qui offraient de très bons rendements à ses actionnaires. En 1975, les églises canadiennes ont mis sur pied la fondation Taskforce for Churches and Corporate Responsability (TCCR). «L’église a dorénavant besoin de revenus provenant de ses placements pour se financer, son apostolat ne suffisant plus. Être actionnaire, c’est plus rentable à long terme, mais les églises n’étaient pas disposées à le devenir à n’importe quel prix», relate Diane Boudreault, coordonnatrice du RRSE. Ce regroupement a pour mission d’influencer le niveau de responsabilité sociale des entreprises par l’utilisation du pouvoir économique collectif de ses membres. Ces derniers agissent comme actionnaires responsables inspirés par des valeurs chrétiennes et humaines de justice.

Dans les années 1990, des congrégations religieuses québécoises membres de TCCR décident de mettre en place une association similaire au Québec. «Comme un grand nombre de sociétés ont leur siège social au Québec, il est plus facile de travailler sur place à la responsabilité sociale des entreprises. » On parlait alors de TCCR-Québec. En avril 1999, le TCCR-Québec devient indépendant et change de nom pour le RRSE.

L’investissement responsable



Selon le RRSE, il existe trois voies d’action pour l’investisseur responsable. Tout d’abord, l’actionnaire s’engage à influencer les pratiques de l’entreprise, par exemple en participant aux assemblées d’actionnaires ou par la présentation de résolutions à ces assemblées. Deuxièmement, il pratique l’investissement éthique, en refusant d’investir dans certaines entreprises pour des raisons éthiques ou morales. Troisièmement, il fait des investissements solidaires, uniquement dans des entreprises qui travaillent pour la société tout en acceptant des profits moindres et peut-être même un plus grand risque financier.

«Vous savez, l’investissement éthique n’est pas évident, encore moins dans ce contexte de mondialisation, estime Mme Boudreault. Ce n’est jamais tout blanc ou tout noir. Rappelons que les entreprises sont les piliers de l’économie. Il ne faut donc pas tout détruire. Parfois, il faut choisir un moindre mal.» Par exemple, si le RRSE et ses acolytes dans la défense de l’investissement éthique chassent une entreprise manufacturière d’un pays sous prétexte qu’elle n’aurait pas respecté suffisamment ses travailleurs, il ne faudrait pas qu’une autre compagnie profite de la situation pour s’établir dans ledit pays et pour respecter encore moins ses travaild’obtenir leurs. Dans un tel cas, il est plus avisé de garder l’entreprise d’origine et de travailler avec elle afin qu’elle développe des règles d’éthique acceptables.

«Parmi les chevaux de batailles du RRSE, nous défendons l’environnement, le droit des communautés locales et le droit des travailleurs. Nous ne privilégions pas plus une cause qu’une autre. Selon les situations, nous travaillons sur les trois fronts. Cette année, avec la centrale du Suroît et le dossier des pétrolières, nous avons davantage défendu l’environnement.» — Diane Boudreault.

Le fonctionnement du RRSE



Le RRSE n’est pas une entité légale reconnue. Il s’agit plutôt d’un regroupement qui agit au nom d’actionnaires. Il sollicite des procurations auprès de ses membres pour agir en leur nom. «Nos membres nous dévoilent dans quelle entreprise ils sont actionnaires, explique Mme Boudreault. Nous ne sommes cependant pas au courant de l’ampleur de leur investissement. Nous intervenons de diverses manières afin de faire avancer la cause de la responsabilité sociale des entreprises.

Par exemple, nous posons des questions aux assemblées annuelles, nous faisons des propositions d’actionnaires et nous intervenons directement auprès des dirigeants par téléphone, par la poste ou même en leur rendant visite.»

«Je suis dans le réseau de l’investissement responsable depuis 1996, raconte Diane Boudreault. Le RRSE a eu des débuts très lents. On a commencé par soutenir Yves Michaud, le “Robin des banques”, dans son combat. Notre lenteur s’explique par notre désir d’acquérir une expertise solide. Nous voulions asseoir notre crédibilité; c’est essentiel afin d’obtenir la confiance des chefs d’entreprises. Aujourd’hui, je pense que les dirigeants comprennent que nous voulons être des collaborateurs. Nous ne nous présentons pas comme des activistes. Notre crédibilité est solide, car elle est basée sur notre confidentialité, notre expertise et notre approche. Il reste que parfois, sans intervention publique, les gens sont moins réceptifs.»

Cette année, la médiatisation du dossier du Suroît a projeté le RRSE à l’avant-scène de l’actualité et créé tout un essor. «C’était la première fois que nous représentions des créanciers. C’était un dossier tellement chaud et il l’est toujours. Nous sommes arrivés au bon moment en plus de représenter des créanciers qui avaient un certain poids financier.» Les communautés religieuses détiennent un bon nombre d’obligations d’Hydro-Québec. «L’information recueillie nous permettait de croire qu’il existait d’autres solutions que la construction d’une centrale au gaz. Nous agissions par solidarité pour tous ceux qui ne pouvaient pas parler et ce, au nom des générations futures. Il ne faut pas se le cacher: ce projet pourrait avoir des conséquences néfastes pour la santé et le bien-être des prochaines générations. Le projet ne respecte pas l’environnement et le protocole de Kyoto. Nous devions agir.»

«En 2003 aussi, nous avons fait parler de nous lorsque des membres ont présenté une proposition à la pétrolière L’Impériale. Cette année, nous avons une excellente couverture médiatique. Et à force de travail, nous commençons à récolter des résultats et à percevoir un intérêt montant pour la cause.»

La Baie, une belle victoire pour le RRSE



«Depuis quatre ans, sauf cette année, nos membres appuient des propositions d’actionnaires afin que la compagnie de La Baie d’Hudson établisse un code de conduite pour que les usines de ses sous-traitants se conforment aux normes internationales. La première année, la proposition d’actionnaires a obtenu environ 13 % d’appui, un peu plus la deuxième année et près de 35 % la troisième année. Cette année, la direction de la compagnie a décidé de se mettre à table afin de faire avancer le dossier alors il n’y a pas eu de proposition d’actionnaires. Dans ce dossier, on a utilisé nos contacts et cela a porté ses fruits. Notre force, c’est notre réseau. Avec celui-ci, nous avons un plus grand impact car l’expertise de tout le monde est mise à contribution.»

Le membership



Douze congrégations religieuses, une association à caractère religieux et trois individus sont les membres fondateurs du RRSE en avril 1999. En 2004, 18 communautés religieuses, deux associations et neuf individus sont membres du Regroupement. Le droit de cotisation des individus est de 25 $ par année. Au Québec, il existe 233 congrégations religieuses. Il y a donc beaucoup de chemin à faire afin de rallier ce pouvoir financier à la cause du RRSE. Parions que la situation du Suroît aidera sûrement le RRSE dans ses démarches afin d’augmenter son membership.

«Ce ne sont pas toutes les congrégations religieuses qui investissent dans les actions et celles qui le font mettent probablement un maximum de 15 % à 20 % de leurs avoirs dans cette classe d’actif. Il y a certes un manque d’information, car bien des congrégations ne voient pas la nécessité de notre démarche», affirme Diane Boudreault.

Comment investir dans des sociétés responsables



Le moyen le plus facile d’investir de façon responsable est de commencer par les fonds communs de placement qui se spécialisent dans le domaine. Au Québec, outre le groupe Desjardins qui offre deux fonds de ce type, les deux grands fonds de travailleurs, le Fonds de solidarité FTQ et le Fondaction de la CSN, sont aussi des options. Ces deux fonds ont une importante conscience sociale.

Par exemple, le fonds de la FTQ n’a pas hésité à la fin de 2003 à annoncer qu’il se départirait de ses actions de Gildan, une société de vêtements de sports, car il estimait qu’elle avait entravé le droit d’association des travailleurs et des travailleuses au Honduras. Le fonds détenait à ce moment-là près de 2,5 millions d’actions de Gildan, pour une valeur au marché de près de 90 millions de dollars.

Sur le plan national, l’importante société de placement Mackenzie offre un fonds éthique qui a donné de très bons résultats au cours de la dernière année.

Avec le protocole de Kyoto et la centrale du Suroît qui sont toujours au menu de l’actualité, la responsabilité sociale des entreprises et même des gouvernements risque de soulever encore bien des passions tant au RRSE que dans la population en général.

Auteur : Stéphane Mondou , Directeur du marketing , Groupe Option Retraite , s.mondou@option.ca

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