Placements
Le pouvoir de l’inflation
L’inflation par ci, l’inflation par là... Tous les médias en parlent, mais en tant que consommateur, savez-vous vraiment de quoi il en retourne?
Le ministère des Finances du Canada définit l’inflation, dans son site Internet, comme étant «le taux moyen de hausse des prix». De façon plus simple, quand les économistes et les journalistes en parlent, ils font allusion à une hausse générale des prix au cours d’une période donnée.Par conséquent, l’inflation est une mesure qui permet de connaître la variation de votre pouvoir d’achat dans une monnaie X. Au Canada, nous mesurons l’inflation à partir de l’indice des prix à la consommation (IPC). Statistique Canada a la responsabilité de calculer cet indice. Il le fait à partir d’un panier de biens et services composé d’environ 600 éléments représentatifs des dépenses courantes d’un ménage moyen, dont les aliments, le logement, le transport, les meubles, les vêtements et les loisirs. Le panier peut être ajusté dans le temps afin de tenir compte des changements dans l’habitude de consommation des Canadiens.
Le gouvernement fédéral et la Banque du Canada se sont donné pour objectif de contenir l’inflation à l’intérieur d’une fourchette de 1 % à 3 %. Cette année, si vous êtes en mesure de vous acheter 100 bleuets, l’an prochain vous pourriez donc vous en acheter de 97 à 99. Avec le temps, l’inflation peut avoir un effet dévastateur sur votre pouvoir d’achat. Par exemple, si l’inflation est maintenue à 3 %, vous ne pourrez pas vous acheter 23 bleuets dans 50 ans. Par contre, si la Banque du Canada par ses politiques réussit à contenir l’inflation à 1 %, vous pourrez vous procurer près de 61 bleuets.
Vous comprenez maintenant que l’inflation est plus qu’une statistique! Malheureusement, la très grande majorité des gens sousestiment l’impact de l’inflation.
Avec le temps, l’inflation peut avoir un effet dévastateur sur votre pouvoir d’achat.
Contenir l’inflation
L’inflation est une problématique complexe. Nous pouvons dire qu’elle pose problème quand il y a une surchauffe de l’économie, c’est-à-dire lorsque l’économie roule à un train d’enfer [par exemple lorsque les grands chantiers de construction se multiplient]. À ce moment, la demande ne suffit pas à l’offre, ce qui amène une hausse des prix. La Banque du Canada peut parer à la situation en haussant les taux d’intérêt. Ainsi, comme le crédit est plus coûteux, l’économie aura tendance à ralentir.
Personnellement que pouvez-vous faire? Bien sûr, vous devez vous assurer chaque année que votre salaire soit augmenté au minimum du même pourcentage que l’inflation, afin de conserver votre pouvoir d’achat. Du côté de vos placements, tâchez de récolter un rendement supérieur au taux d’inflation afin, d’une part, de conserver votre pouvoir d’achat et, d’autre part, d’assurer une croissance suffisante de votre capital pour vous garantir une retraite confortable.
Une solution de placement
Les obligations à rendement réel offrent une option de placement qui vous assure un rendement supérieur au taux d’inflation. Cette obligation verse un taux d’intérêt ajusté à l’inflation. Comme pour les obligations traditionnelles, vous recevez un versement d’intérêt tous les six mois. Cependant, votre coupon d’intérêt est majoré selon le taux d’inflation.
Par exemple, si vous avez une obligation de 1000 $ assortie d'un rendement réel de 4 % annuellement, vous allez recevoir la première année 4 % de 1030 $ (1000 $ plus 3 %) si l'inflation est à 3 %. Vous empocherez donc 41.20 $. La deuxième année, avec une inflation de 3 % toujours, vous recevrez 4 % de la nouvelle valeur nominale soit 1069.90 (1030 $ plus 3 %). Vous recevrez donc 42.80 $ en intérêts. Le même raisonnement s'appliquera les années subséquentes. Le présent exemple a été simplifié pour le besoin de la cause, car en réalité le calcul des intérêts se fait semestriellement.
Historique
Au Canada, les obligations à rendement réel (ORR) sont arrivées en 1991. Au 31 juillet 2003, il y avait plus de 16,6 milliards $ de ces obligations en circulation, ce qui représente un peu plus de 4 % du total des titres de dette négociables émis sur le marché. Les ORR sont principalement détenues par des fonds de pension et par des fonds communs de placement. Originalement, elles étaient émises avec des échéances de 30 ans. Maintenant nous pouvons en trouver avec des échéances plus courtes.
Les ORR gagnent en popularité
Vous connaissez Bill Gates, le fondateur de Microsoft? C’est la personne la plus riche des États-Unis. Il a aussi créé sa propre fondation en 2000, «The Bill & Melinda Gates Foundation». Cette dernière a pour mission d’améliorer la santé et l’éducation partout dans le monde. La fondation vaut plus de 25 milliards $US. Elle possède plus de 2 milliards $US d’obligations à rendement réel, qu’elle a achetées afin d’avoir un rendement réel positif (rendement du titre moins l’inflation) et pour diminuer le risque du portefeuille.
Ce type d’obligations gagne en popularité auprès des particuliers par l’intermédiaire des fonds communs de placement. Les Fonds communs TD ont abordé ce marché les premiers en 1994, alors que Mackenzie, une importante société canadienne, a fait son entrée en avril 2003.
Quand acheter?
Selon Michael Larson, qui gère les fonds de la fondation de Bill Gates, le meilleur moment pour acheter les obligations à rendement réel est lorsque l’inflation est à son plus bas et que la demande pour les ORR est faible. Chris Kresic, viceprésident et chef de l’équipe Mackenzie des titres à revenu fixe, a par ailleurs déclaré au moment du lancement de son fonds d’obligations à rendement réel: «Personne ne sait comment évoluera l’inflation dans les prochaines années. Grâce à notre fonds, les épargnants peuvent éliminer cette inconnue de leur portefeuille de placements à revenu fixe.» Voilà qui résume bien le fait que les ORR sont un excellent moyen de réduire le risque de la portion «titres à revenus fixes» de votre portefeuille.
Investir dans les ORR par les fonds communs
Il est conseillé d’investir dans les ORR en souscrivant à un fonds commun de placement. La raison est simple: le marché des ORR a un niveau de liquidité très restreint. Il y a peu d’émission d’ORR. Le volume en circulation est peu élevé, soit un peu plus de 4 % du total des titres de dette négociables émis sur le marché.
Les investisseurs institutionnels qui les achètent (pour les fonds de pension notamment) les conservent habituellement jusqu’à l’échéance. Ainsi, si vous achetez directement une ORR, il est fort possible que vous n’obteniez pas un juste prix au moment de la vente. Vous ne retrouverez probablement pas tout l’ajustement que votre obligation a eu pour tenir compte de l’inflation. En investissant par le biais d’un fonds commun de placement, vous serez assuré de récupérer un juste prix au moment de la disposition de votre placement.
Avantages
Les obligations à rendement réel sont une solution de choix parmi toutes les catégories d’actifs afin de vous prémunir contre l’inflation. Elles protègent votre pouvoir d’achat, car elles sont en corrélation avec l’inflation. Les ORR présentent moins de risque que les obligations traditionnelles de longues échéances. Elles peuvent vous offrir un rendement intéressant lorsque le marché des actions est déprimé, car il y a une très faible corrélation entre les deux.
Désavantages
Il faut détenir ces obligations dans un compte enregistré, car la fiscalité est complexe si vous le faites dans un régime non enregistré; entre autres, vous devrez payer des impôts pour des revenus que vous n’aurez pas touchés. Les revenus semestriels que vous recevrez seront inférieurs à une obligation traditionnelle. De plus, si vous achetez directement l’ORR, vous devrez la conserver jusqu’à l’échéance afin d’obtenir un juste prix.
En conclusion, vous devriez fortement discuter avec votre conseiller de la possibilité de détenir des obligations à rendement réel dans votre portefeuille enregistré (REÉR, FERR, CRI, FRV). Bien que les ORR doivent être considérées dans la partie long terme de votre portefeuille obligataire, elles vous offriront généralement une volatilité bien inférieure aux obligations classiques de même échéance. Ainsi, une combinaison des deux produits vous offrirait une belle diversité pour la partie à long terme.
Auteur : Stéphane Mondou , Directeur du marketing , Groupe Option Retraite , s.mondou@option.ca







