Placements
Ces placements garantis que l’on ne reconnaît plus
Les produits à revenus fixes ont un rôle important à jouer dans la diversification de votre portefeuille. Ils doivent vous assurer vos premières années de revenus à la retraite et contrebalancer le risque de la portion «actions» de vos avoirs.
Les investisseurs qui avaient un bon rapport entre les titres de croissance et les titres à revenus fixes ont réussi à naviguer à travers la récente baisse des marchés boursiers sans se faire trop de mal. La majorité des titres à revenus fixes voient leur valeur varier entre l’achat et l’échéance. Lorsqu’on achète une obligation à son émission, on paie 100 $ pour un rendement de 6 %, par exemple. Si les taux d’intérêt augmentent, le prix de l’obligation diminue, car l’acheteur ne sera pas prêt à payer 100 $ pour 6 % d’intérêt s’il est capable d’avoir une obligation à 7 %. Et l’inverse est aussi vrai; si les taux d’intérêt baissent à 5 %, l’acheteur sera prêt à payer plus de 100 $ pour une obligation assortie d’un rendement de 6 %. Voilà comment vous pouvez réaliser des gains en investissant dans le marché obligataire en sus des intérêts qui vous sont versés.Avec la récente baisse des marchés boursiers, la majorité des épargnants ne sont à la recherche que d’investissements SÛRS. Ils ont oublié la bonne performance de la partie obligataire de leur portefeuille; ils sont obsédés par leurs pertes et ils ne veulent maintenant que des placements sans risque. C’est comme si tout le monde avait oublié que les placements sans risque n’existent pas. Mais que voulez-vous, la nature humaine est ainsi faite. Avec des portefeuilles qui baissent sans cesse, les investisseurs sont à la recherche de stabilité et, contrairement à il y a quelques années, ils sont maintenant prêts à investir dans des placements qui rapportent peu ou avec une promesse de garantie de capital, sans se soucier des risques que cette approche comporte.
Les grandes institutions financières, toujours désireuses de satisfaire leurs clients, ont concocté des produits attrayants pour les investisseurs désabusés par le marché. Que le produit soit bon ou non pour l’investisseur, il importe qu’il réponde à ce que ce dernier veut entendre: sécurité et espérance de rendement positif. Et c’est de là qu’on a vu apparaître ces derniers mois la publicité de deux produits à revenus fixes: l’obligation à taux progressif (step-up) et le CPG indiciel.
LES PRINCIPAUX PRODUITS DE
- CPG, CPG indiciel
- Obligations municipale, gouvernementale et de société
- Obligation d’épargne retraite
- Coupon détaché
Pour analyser les deux produits vedettes des derniers mois, nous allons regarder cinq critères importants à considérer lorsque vient le temps d’acheter des produits à revenus fixes.
Flexibilité: Est-il est possible de vendre le produit avant échéance?
Liquidité: Quand viendra le temps de vendre le produit, le marché sera-t-il suffisamment grand afin d’obtenir un juste prix?
Solvabilité: Quelles sont les probabilités que le prêteur soit en mesure de verser les intérêts et de rembourser le capital?
Efficacité: Le produit pourra-t-il jouer son rôle de contrepoids au marché boursier?
Rentabilité: Le rendement potentiel est-il intéressant?
L’obligation à taux progressif
Dans ce cas-ci, nous analysons l’obligation à taux progressif de dix ans de Placements Québec qui offrait 2,5 %, 3 %, 3,5 %, 4,25 %, 5 %, 5,75 %, 6,25 %, 6,5 %, 7 % et 7,5 % respectivement de la première à la dixième année. En prime, on vous offrait 1 % de boni la première année uniquement sur les fonds enregistrés. Si vous conservez le produit jusqu’à échéance, on parle d’un rendement moyen annuel de 5,23 %, incluant le boni.
Flexibilité: Le produit est rachetable chaque année sans pénalité à la date d’anniversaire d’achat ou au plus tard dix jours après celle-ci. Qu’arrivera-t-il si vous avez besoin de votre argent à cause d’un imprévu six mois après la date d’anniversaire? Serez-vous en mesure d’attendre six mois avant d’avoir votre argent? Par contre, si les taux augmentent, vous pourrez vendre votre obligation à la valeur nominale à la date anniversaire, sans subir de perte pour ainsi profiter des nouveaux taux plus avantageux. De faible à moyen.
Liquidité: Nous vous avons parlé plus tôt des belles occasions qu’offre le marché des obligations lorsqu’on peut profiter des variations des taux d’intérêt. Il n’existe aucun marché secondaire qui permet de profiter de ces possibilités et de réaliser un gain en capital en sus du revenu d’intérêt. Faible.
Solvabilité: Avez-vous peur que le gouvernement ne vous rembourse pas? Poser la question, c’est y répondre. Si le gouvernement du Québec n’est pas en mesure d’honorer ses obligations, plus grand-chose ne tiendra! Forte.
Efficacité: Comme il n’y a pas de marché secondaire pour ce produit, il ne pourra contrebalancer la portion croissance de votre portefeuille. Aucune.
Rentabilité: Il ne faut pas se leurrer, ce n’est pas un produit miracle, mais un produit concurrentiel. Si au début de mars vous aviez acheté une obligation de la province de Québec avec échéance dans dix ans, vous auriez eu un rendement annuel de 5,3 % avec votre obligation. Dans ce cas-ci, votre obligation vous offre moins au début pour vous offrir plus à la fin. Si vous aviez besoin d’encaisser votre placement avant son échéance, par exemple à la fin de la première année, votre rendement serait de 2,5 % (excluant le boni) avec une obligation à taux progressif, alors qu’avec un obligation conventionnelle, vous auriez peut-être obtenu plus. Bonne si vous conservez l’obligation jusqu’à l’échéance.
Variantes de l’obligation à taux progressif
Plusieurs emprunteurs (émetteurs) attirent des capitaux grâce à ce type de produits, car les conseillers font miroiter de beaux rendements. Quand ces derniers sont trop beaux pour être vrais, posez des questions. Le produit est-il rachetable? Si oui, à quelles conditions?
Parfois, l’émetteur se réserve le droit de racheter le produit à certains moments prédéterminés. Évidemment, il le fera si ça lui est avantageux, c’est-à-dire si les taux d’intérêt alors en vigueur sont inférieurs au taux qui devra vous être versé. Alors, vous pourriez, sans le vouloir, être obligé d’acheter un nouveau placement, mais à quelles conditions... Faites attention.
Le CPG indiciel
Plusieurs institutions émettent ce genre de produit sous diverses formes. Voici l’exemple du certificat de placement garanti (CPG) indiciel de la Banque Laurentienne, nommé CPG Action Canadien. Le rendement est basé sur la performance boursière de l’indice S&P/TSX 60, représentant 60 des plus importantes compagnies canadiennes.
Flexibilité: Un CPG, par définition, n’offre pas de flexibilité, car il ne peut pas être vendu avant échéance. En cas de décès, les héritiers pourront décider de vendre le CPG avant terme, mais ils ne recevront que le capital. Faible.
Liquidité: Comme ce produit n’est pas rachetable, il n’y a pas de marché secondaire. Donc, ce n’est pas un placement liquide. Faible.
Solvabilité: C’est un produit garanti par la Société d’assurance-dépôts du Canada (SADC) jusqu’à 60 000 $ de dépôt auprès de cette banque. Vous devez regarder la solvabilité de l’institution bancaire. Il faut se rappeler qu’il n’y pas eu de faillite de banques en Amérique du Nord depuis plus de 20 ans. Forte.
Efficacité: Comme le CPG actions ne fluctue pas comme les obligations, il ne peut correctement contrebalancer le marché des actions. Il ne jouera un certain rôle que si le marché des actions offre des rendements négatifs. Faible.
Rentabilité: Dans ce produit-ci, il y a beaucoup de points d’interrogation. Allez-vous avoir un rendement sur votre placement? Peut-être que non. Si l’indice S&P/TSX 60 fait du surplace pendant cinq ans, vous n’aurez aucun rendement sur ce placement. Il est même possible que cet indice réussisse très bien pendant quatre ans et demi, mais arrive un autre «11 septembre 2001» et le marché s’écroule à la toute fin, tout comme votre rendement.
Une chose est certaine, vous ne pouvez pas faire plus de 9,16 % sur cinq ans annuellement, car le rendement est plafonné. C’est très bien, direz-vous avec raison, mais n’oubliez pas que vous pourriez faire 0 % si ça ne va pas dans le bon sens. Comme les intérêts provenant d’un tel CPG sont considérés comme un revenu d’intérêts et qu’ils doivent être déclarés l’année où ils sont payés, les rentiers doivent bien évaluer l’impact d’un tel produit sur leur fiscalité. Pour eux, le CPG actions pourrait les rendre inadmissibles au supplément de revenu garanti l’année suivant le versement des intérêts, ou tout simplement les obliger à rembourser une partie de leur pension de sécurité de la vieillesse (PSV) l’année où ils reçoivent les intérêts. Moyenne.
Variante du CPG indiciel
Nous voyons de plus en plus dans le marché une variante de ce type de CPG qui se nomme le billet lié. Comme son nom le dit, ce dernier peut être lié à un portefeuille d’actions, de fonds communs de placement ou à un indice. Contrairement au CPG indiciel, le billet n’est pas couvert par la Société d’assurance dépôt du Canada. Seule la solvabilité de l’émetteur vous garantit votre dépôt. Fait intéressant, par contre, ce peut être vendu sur un marché secondaire avant échéance.
Question de frais
Il est très difficile de voir le profit que retire l’émetteur avec ce type de produit. Alors, nous vous conseillons d’interroger votre conseiller à ce sujet. S’il a de la difficulté à bien vous répondre, posez-vous des questions sur sa compétence. Et n’oubliez pas que la notion de profit est tout à fait acceptable, pourvu que l’émetteur ne fasse pas plus d’argent que vous!
Lorsqu’on investit dans un CPG indiciel, il est important de considérer ce placement comme un titre de croissance, car il fluctue parallèlement au marché boursier. Il faut également limiter cet investissement dans notre portefeuille: un maximum de 5 % à 10 %. Ce produit pourrait très bien convenir à un investisseur au risque très limité qui veut s’éloigner des titres individuels du marché des actions.
Rappelez-vous qu’il n’y a pas de mauvais produits, il n’existe que de mauvais portefeuilles. C’est pourquoi nous vous suggérons fortement de travailler en collaboration avec un conseiller en placements pour la gestion de vos finances personnelles. Ce spécialiste sera en mesure de bien vous guider et de voir avec vous si le produit répond à vos besoins et à votre tolérance au risque, car un produit peut très bien convenir à votre voisin, mais pas à vous. C’est vrai pour tous les produits, même les CPC indiciels et les obligations à taux progressif qui n’offrent pas que des avantages, comme vous avez pu le constater.
Auteur : Stéphane Mondou , Directeur du marketing , Groupe Option Retraite , s.mondou@option.ca







