Gestion du risque
Profitez de la vigueur du dollar canadien
Depuis 2002, le dollar canadien a connu une montée vertigineuse face au dollar américain. Voyons de quelle façon on peut expliquer ce phénomène.
Plusieurs ont attribué la performance du dollar canadien aux problèmes budgétaires et économiques des États-Unis. En effet, nos voisins du Sud ont vu leur balance commerciale (i.e. la différence entre la valeur des biens et services exportés et la valeur des biens et services importés) continuer à se dégrader.De plus, ils ont enregistré des déficits budgétaires records, notamment en raison du conflit en Irak et des cyclones Katrina et Rita. Le déficit commercial des États- Unis des 11 premiers mois de 2005 était de 769 milliards $; déjà plus que celui de toute l’année 2004, qui avait atteint les 717,8 milliards $. Pour l’année fiscale 2005 terminée le 30 septembre, le déficit budgétaire américain s’est soldé à 319 milliards $, ce qui est beaucoup moins que les 413 milliards $ de 2004. Toutefois, celui de 2006 s’annonce déjà corsé, notamment en raison des coûts de reconstruction à la suite des catastrophes naturelles. Même pour une puissance comme les États-Unis, de tels chiffres ne peuvent pas s’accumuler sans causer de dommages.
D’un autre côté, les gens oublient souvent que le dollar canadien s’est aussi apprécié face aux autres grandes monnaies comme l’euro, le yen japonais et la livre sterling. Le Canada profite actuellement de la vigueur du marché des ressources naturelles et de l’énergie. Ainsi, on assiste actuellement à un bas taux de chômage de façon générale au pays, à une croissance économique et à des finances publiques qui s’améliorent, principalement pour le gouvernement central.
Prévisions pour 2006
Les prévisions de la division Marchés des capitaux de la Banque Royale ne sont toutefois pas optimistes face au dollar canadien. En contrepartie, les économistes du Mouvement Desjardins le sont davantage, prévoyant qu’il faudra 1,11 $CA pour obtenir un dollar américain, d’ici la fin de l’année. Et ils voient même dans leur boule de cristal la possibilité d’une parité entre les deux monnaies à plus long terme. Qui croire? Votre boule de cristal est sûrement aussi bonne que la leur. Quoi qu’il en soit, on peut penser qu’à court terme le dollar canadien demeurera robuste face aux autres devises, car rien ne laisse présager que les pays émergents arrêteront d’acheter nos ressources naturelles et que la demande mondiale de pétrole fléchira. Avec de tels scénarios, c’est assurément le moment, pour tous les investisseurs principalement présents au Canada et qui ont la quasi-totalité de leurs placements libellés en dollars canadiens, de regarder ailleurs. Il ne faut pas oublier que le Canada ne représente que 2 ou 3 % de la capitalisation boursière mondiale. Investir dans les économies autres que la nôtre est passablement facile grâce aux fonds communs de placement, et les épargnants le conçoivent bien. Mais que devons-nous faire si nous voulons investir en monnaies étrangères?
Les principales options d’investissements
1 Les actions américaines Par l’entremise de votre courtier en valeurs mobilières, il est très facile d’acheter des titres de sociétés américaines, contrairement à ceux des autres sociétés étrangères. En agissant ainsi, vous vous exposez à la fluctuation du dollar américain. Point important, votre succession pourrait par conséquent être frappée par les impôts successoraux américains. Heureusement, il n’y a plus de double imposition. Donc, votre succession pourra réclamer tous les impôts payés aux États-Unis sous forme de crédit d’impôt à faire valoir sur votre déclaration de revenus de l’année de votre décès. Si vous voulez éviter ces ennuis à vos héritiers, il est recommandé d’acheter tout simplement des fonds d’actions américaines.
2 Les fonds d’actions étrangères Pour investir dans d’autres devises, il est conseillé de passer par les fonds d’actions étrangères, soit les fonds globaux (actions de tous les pays y compris le Canada et les États-Unis), internationaux (tous les pays sauf le Canada et les États-Unis), européens, japonais, chinois, des pays émergents, etc. En achetant, par exemple, un fonds japonais, vous vous exposez indirectement à la volatilité du marché de change du yen. Lisez bien le prospectus avant d’investir: certains fonds pourraient utiliser des mécanismes financiers afin de se protéger de la monnaie étrangère visée. Dans ce cas, la performance de votre fonds ne serait influencée que par le rendement boursier des sociétés se retrouvant à l’intérieur du portefeuille d’investissement.
3 Les fonds d’obligations étrangères
En règle générale, avec les fonds d’obligations étrangères, vous vous exposez au marché de change, mais
aussi aux différentes courbes d’intérêt. Chaque économie a sa propre courbe de taux d’intérêt et cette dernière peut varier substantiellement. En investissant donc dans ce type de fonds, il faut prendre en considération
notre dollar canadien, mais aussi les taux d’intérêt des autres pays.
4 Les obligations libellées dans une monnaie étrangère
Si vous voulez vraiment vous procurer d’autres devises sans passer par un fonds d’obligations, investissez dans des obligations de votre province. Le gouvernement du Québec émet régulièrement des obligations libellées dans des monnaies autres que le dollar canadien. Voilà un moyen simple. Vous continuerez toutefois à être exposé aux courbes d’intérêt étrangères. Si vous choisissez l’option des fonds communs de placement, votre risque sera beaucoup moins grand face aux courbes d’intérêt, car ces fonds comprennent des placements dans plusieurs devises étrangères. En conclusion, le dollar canadien est présentement fort. Il serait donc temps de commencer à penser à profiter de ce moment pour investir dans des placements libellés dans une autre monnaie que le dollar canadien. Comme il se pourrait que le dollar canadien continue sur sa lancée, il est recommandé d’y aller par étape dans cette voie. Quelle devrait y être votre proportion d’investissement? Voilà une question difficile à répondre. Une chose est certaine, si vous pensez passer une majeure partie de vos vieux jours à l’extérieur du Canada, vous devriez prévoir un pourcentage intéressant de vos placements en devises étrangères. Votre conseiller en placement est là pour vous aider dans ces choix. Si vous pensez vivre de quatre à cinq mois par année aux États-Unis, n’oubliez pas que le dollar canadien a déjà valu moins de 65 cents américains il n’y a pas si longtemps. Il serait peut-être propice d’en accumuler dès maintenant pour vos projets de retraite. Si vous allez de l’avant, établissez une stratégie à long terme. Il se peut que vous n’en ressentiez pas les bienfaits à court terme, surtout si vous comparez cela à ce que le marché boursier canadien vous a offert en 2005.
Auteur : Stéphane Mondou , Directeur du marketing , Groupe Option Retraite , s.mondou@option.ca







