Fonds de pension
À vos caisses de retraite
Dans notre dernier numéro, nous vous avons parlé du plan de vie, un élément essentiel afin de vous assurer une retraite convenable. Pourtant, plusieurs conseillers ont entendu leurs clients leur dire: «Je n’en ai pas besoin! Mon fonds de pension va s’occuper de moi à la retraite».
Il est normal que des épargnants s’interrogent sur le bien-fondé d’investir dans un REÉR lorsque tous les placements semblent baisser. Vous savez que les marchés boursiers ont connu des ratés importants ces dernières années. Votre portefeuille en a souffert. Ne croyez pas que la situation est bien différente pour votre fonds de pension. Tout le monde investit dans le même marché.Si vous pensez que les fonds de pension sont investis uniquement dans des placements garantis puisqu’ils doivent fournir mensuellement des sommes d’argent à ses retraités, détrompez-vous! Les fonds de pension financent en partie ou même en totalité les prestations qu’ils versent par les contributions des travailleurs toujours actifs.
L’exemple de l’Ontario Teachers Pension Plan
Le célèbre fonds de pension des enseignants de l’Ontario est depuis 1990 la plus importante caisse de retraite au Canada et est reconnu pour sa gestion de qualité. Il est présidé par un diplômé de l’Université Laval, M. Claude Lamoureux. Deuxième investisseur au Canada derrière la Caisse de dépôt, en 2001, il a versé 3,1 milliards à ses 88 000 retraités et leur famille tout en recevant 1,3 milliard en cotisations de ses 154 000 professeurs actuels du primaire et du secondaire. Le fonds n’a eu qu’à générer 1,8 milliard de liquidité sur son actif, qui s’élevait à 69,5 milliards au 31 décembre 2001, soit 2,59 % (voir encadré La répartition d’actif de l’Ontario Teachers Pension Plan à la page 11).
Les rendements de 2002
Selon des études de firmes d’actuaires, le rendement médian (valeur centrale d’un groupe de référence) en 2002 des caisses de retraite de taille moyenne (environ 50 millions d’actifs) se situerait à – 5,1 % pour Morneau Sobeco et – 4,3 % pour Mercer, deux firmes de ressources humaines canadiennes. Constat: 2002 serait donc la pire année de rendement des caisses de retraite depuis 1974. En 2001, Morneau Sobeco parlait d’un rendement de 0,2 % et Mercer de 0,6 %.
Ceci représente le résultat pour des périodes de 12 mois, mais la valeur de ces fonds de pension a aussi connu d’importantes variations d’un mois à l’autre à l’instar de vos placements personnels. Si vous aviez reçu un relevé mensuel ou trimestriel de votre fonds de pension, vous auriez pu y voir les variations comme c’est le cas pour votre REÉR
Dans les faits, peu de gens estiment que leur fonds de pension ne pourra leur assurer un revenu suffisant à la retraite. Ils sont peu préoccupés par ces fluctuations et ils ont probablement raison de réagir de la sorte. Mais pourquoi est-il si difficile d’avoir la même attitude face à ses placements personnels? La fréquence à laquelle nous recevons de l’information, la vision à court terme de la situation et l’extrapolation que nous en faisons expliquent ce comportement en grande partie.
Qu’en est-il de votre fonds de pension de votre employeur? Êtes-vous vraiment assuré de ce que vous toucherez?
Il existe deux types de régime de retraite: à prestations déterminées ou à cotisations déterminées. Le premier assure une certaine rente au moment de la retraite alors que, pour le deuxième, seules les cotisations sont prédéterminées. Donc, la rente de ce dernier dépendra des rendements année après année du fonds de pension. Avec un régime à prestations déterminées, l’employeur prend beaucoup de risque, car il garantit une rente indépendamment des rendements du fonds de pension. Dans un régime à cotisations déterminées, l’employeur ne garantit que sa cotisation. Les employés doivent donc vivre avec le risque des rendements.
Quel est le véritable danger avec un régime de pension à prestations déterminées?
Avec les mauvais rendements des deux dernières années, les fonds de pension à prestations déterminées risquent de déclarer des déficits actuariels à leur prochaine évaluation. L’évaluation actuarielle a lieu tous les trois ans. Selon la loi, l’insolvabilité (le déficit) d’un fonds de pension appartient à l’employeur. Les entreprises auront alors cinq ans pour combler ce déficit afin d’assurer le versement des pensions actuelles et futures.
En plus des mauvais rendements s’ajoute le fait que certaines entreprises ont pris congé de cotisation au cours des dernières années. Avec les bons rendements de la fin des années 1990, les fonds de pension avaient des surplus actuariels; toujours selon la loi, comme ces surplus appartiennent aux entreprises, celles-ci en ont alors profité.
En janvier dernier, on apprenait que IBM allait injecter 4 milliards $ dans le fonds de pension de son personnel, car le fonds avait perdu 4,5 milliards $ d’actifs dans la baisse des marchés. Ici, les employés sont chanceux, car ils oeuvrent dans une entreprise qui a actuellement les moyens de répondre de ces obligations. Les employés d’Air Canada aurontils aussi cette chance? Souhaitons-leur! Le transporteur est aux prises avec de sérieux ennuis financiers alors que l’industrie aérienne n’a jamais eu autant de problèmes à la suite des attentats du 11 septembre 2001. Il y aurait un trou de plus de 1 milliard $ dans le fonds de pension des employés d’Air Canada. Il est loin d’être certain que l’entreprise aura les ressources financières pour honorer ses obligations.
La situation que nous venons d’expliquer pourrait être une des prochaines tuiles qui s’abattra sur un bon nombre de sociétés. C’est pour cette raison que nous invitons tout cotisant à un régime de pension agréé à participer au comité de retraite de son fonds de pension afin de veiller sur ses intérêts.
Pour les employés qui ont un fonds de pension à cotisations déterminées, le danger réside dans le fait qu’ils pourraient avoir une rente de retraite bien inférieure à leurs attentes.
Dans leur cas comme pour les employeurs qui ont un de fonds de pension à prestations déterminées, il faut souhaiter le retour des marchés boursiers sur le droit chemin.
Sans vouloir être alarmiste, quelques situations aux États-Unis ont de quoi nous faire réfléchir. Vous en parlerez aux employés d’Enron, ce géant des services publics (courtier en énergie) de Houston (Texas) qui a demandé la protection contre ses créanciers le 2 décembre 2001. En 2000, la société avait engrangé des revenus de 100 milliards $. Mais que voulez-vous faire avec des dettes et obligations de plus de 16,8 milliards $ quand l’entreprise ne génère pas un excédent de ses revenus sur ses dépenses?
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Profit Sharing Council of America
Ontario Teachers Pension Plan
Les employés avaient pratiquement investi tout leur fonds de pension dans les actions de leur employeur et ils n’ont pas été en mesure de les vendre avant la descente du titre. Ils ont sûrement passé de terribles fêtes en 2001! En plus de perdre leur emploi, ils ont vu leur fonds de pension s’envoler en fumée. Les employés de Global Crossing, fournisseur de solutions de télécommunications, ont aussi vécu le même scénario. Heureusement, au Canada, ce genre de situation ne semble pas exister.
Les programmes offerts par les employeurs
Dans cette même veine, il est approprié de faire une mise en garde contre tous ceux qui investissent massivement dans les actions de leur entreprise souvent par l’entremise d’un régime d’achat d’actions, par exemple les employés de Bell et de Bombardier. Vous pouvez évidemment détenir des actions de votre employeur, mais faites attention aux risques de concentration. Comme pour tout titre, il est recommandé de détenir un maximum de 3 % à 5 % de votre portefeuille dans un seul et même titre. Imaginez-vous perdre votre emploi et voir dégringoler votre pécule retraite, tout ça en même temps...
N’oubliez pas qu’aucune entreprise n’est à l’abri d’intempéries; certaines sont plus fortes que d’autres. Qui aurait dit que deux grands symboles canadiens des années 1970 comme Steinberg et Eaton au Québec ne seraient plus de ce monde aujourd’hui? Tout est possible et ce n’est pas parce que vous travaillez pour l’entreprise que vous êtes nécessairement au fait de sa véritable santé financière. Faites attention!
Un conflit employé-employeur en vue?
Une nouvelle mode pourrait s’installer: la transformation des fonds de pension à prestation déterminées à des fonds à cotisations déterminées. La compagnie américaine EMS technologies est un précurseur dans le domaine. Elle a vu juste en faisant le changement en 2000. Voilà ce qui risque de marquer les prochaines négociations syndicales; c’est d’ailleurs le principal point en litige dans le conflit à la scierie Chambord. Mais, cette fois, l’employeur veut convertir le fonds de pension en REÉR collectif.
Ne vous faites pas d’illusion, un placement sans risque, ça n’existe pas. Alors, il est plus opportun de revoir régulièrement votre situation financière avec votre conseiller en placements. Et il n’existe pas meilleur moyen que le plan de vie pour vous assurer de dormir l’esprit tranquille.
Répartition selon le degré de solvabilité
Solvabilité Nombre de régime Nombre de participants et de bénéficiaires
Moins de 80 % 201 98 153
De 80 % à moins de 90 % 252 146 849
De 90 % à moins de 100 % 159 110 694
100 % et plus 291 176 695
Total 903 532 391
Source: Projection de la Régie des rentes du Québec Données estimés en date du 31 décembre 2002
À CONSULTER
Association canadienne des administrateurs de régimes de retraite: www.acpm.com
Centre québécois de formation en fiscalité: www.cqff.com
Mercer: www.merceric.com
Morneau Sobeco: www.morneausobeco.com
Ontario Teachers Pension Plan: www.otpp.com
Profit Sharing Council of America: www.401k.org
Régie des rentes du Québec: www.rrq.gouv.qc.ca
Auteur : Stéphane Mondou , Directeur du marketing , Groupe Option Retraite , s.mondou@option.ca







