Fonds mutuels
Maxime Lemieux, gestionnaire de fonds communs de placement
Entrevue avec Maxime Lemieux, l’un des gestionnaires de portefeuille les plus en vue au Canada. Il nous parle avec enthousiasme de sa carrière au sein de la société Fidelity Investments.
Maxime Lemieux a obtenu en 1996 un baccalauréat en sciences commerciales, spécialisé en finance à l’Université McGill à Montréal. Embauché par Fidelity Investments, une des plus grandes sociétés de fonds communs de placement au monde, il gère le fonds Fidelity Potentiel Canada (anciennement le fonds FidelityDynamisme Canada) et le fonds Fidelity Canada offert uniquement aux États-Unis. Ce dernier a été élu le meilleur fonds étranger aux États-Unis en 2003. Le fonds Fidelity Potentiel Canada n’est pas en reste puisqu’il a obtenu un rendement de 45,91 % sur 1 an, en date du 31 mars 2004.
Option Retraite (O.R.): Étiez-vous prédestiné à faire carrière dans les placements financiers?
Maxime Lemieux (M.L.): Dès le secondaire, j’avais un intérêt pour les actions. J’étais même impliqué dans un club de placement.
O.R.: Quel est votre rôle chez Fidelity à titre de gestionnaire de portefeuille?
M.L.: Je suis responsable de deux fonds communs de placement, les fonds Fidelity Potentiel Canada et Fidelity Canada. De plus, je prends toutes les décisions d’achat et de vente. Mon rôle consiste à maximiser le rendement de ces fonds tout en suivant les objectifs fixés. Je dois aussi m’assurer de respecter un certain niveau de risque.
O.R.: Comment gérez-vous le risque?
M.L.: En m’assurant que les titres que j’achète ne sont pas trop volatils. Pour ce faire, je recherche des sociétés en croissance et je ne suis pas intéressé par celles qui sont menacées par la faillite. Je dois aussi m’assurer d’une certaine diversification entre les secteurs d’activités et les entreprises.
O.R.: Comment êtes-vous arrivé chez Fidelity?
M.L.: J’étudiais à l’Université McGill. En face de l’institution, se trouvait le bureau de ventes de Fidelity à Montréal. Je connaissais quelqu’un qui travaillait au département du marketing. Il me laissait aller aux présentations des gestionnaires de fonds lorsqu’ils venaient rencontrer les conseillers en placements. De cette manière, j’ai rencontré Alan Radlo, gestionnaire du fonds Frontière Nord. Par la suite, je faisais des recherches sur les entreprises avec des amis et je les lui envoyais. À la fin de mes études, il m’a invité à une conférence à Boston où j’ai présenté mes conclusions sur la compagnie La Baie d’Hudson. Ses collègues et lui ont apprécié et ils m’ont engagé.
O.R.: Avez-vous débuté comme gestionnaire de portefeuille chez Fidelity?
M.L.: Non, en 1996, je suis devenu le premier Québécois à travailler au bureau de Fidelity à Boston. Au départ, j’ai été embauché comme associé à la recherche et j’aidais Alan Radlo. Un an plus tard, on m’a offert de me joindre à l’équipe d’analystes du marché américain, mais j’ai plutôt opté pour la nouvelle équipe canadienne. C’était la première fois que Fidelity mettait une équipe sur pied pour la gestion des fonds canadiens. J’ai choisi cette occasion parce que j’avais une meilleure connaissance du marché canadien et je voulais redonner à mon pays ce qu’il m’avait offert. Je suis devenu gestionnaire après 4 ans alors que d’habitude il faut compter 11 ans d’expérience pour y arriver. Je devenais le deuxième plus jeune gestionnaire de l’histoire de Fidelity à l’âge de (à préciser ans. À mon arrivée, on comptait 7 milliards $ d’actifs dans le marché canadien. Aujourd’hui, on parle de plus de 32 milliards $.
O.R.: Avec qui travaillez-vous?
M.L.: À Boston, nous sommes cinq gestionnaires à diriger les fonds canadiens. Nous comptons sur une équipe de 11 analystes assignés aux divers secteurs d’activités. Ces analystes préparent des évaluations des compagnies qui nous intéressent. Puis, ils nous font des recommandations d’achat et de vente sur les titres étudiés. Mais à la fin, je prends seul la décision. Je fais moimême des analyses, de sorte que je peux à l’occasion choisir des titres qui n’ont pas été étudiés par nos analystes.
O.R.: Qui engagez-vous comme analystes? Comment avoir la certitude de recruter les meilleurs candidats?
M.L.: Nos analystes sont généralement des bacheliers en finance ou qui possèdent une maîtrise en administration des affaires (M.B.A.). Pour les trouver, chaque automne, nous faisons le tour de quatre ou cinq universités canadiennes. Nous y faisons une présentation de Fidelity. Après coup, nous recevons des CV et nous procédons à une présélection parmi les diplômés. Nous regardons, entre autres, leurs notes d’études afin de connaître leur capacité d’apprentissage. Nous cherchons des gens qui ont une belle personnalité, n’ont pas peur du risque et affichent un intérêt pour le domaine. Ensuite, nous faisons des entrevues avec environ 12 finissants par université, sur leur campus. Les meilleurs candidats sont invités à Boston dans le but de passer un examen, où ils doivent nous présenter leur analyse d’une entreprise.
O.R.: Êtes-vous le seul franco-canadien dans l’équipe de gestionnaires ou d’analystes chez Fidelity?
M.L.: Non, depuis trois ans environ, Daniel Dupont travaille avec nous. Il gère maintenant un fonds aurifère (constitué de compagnies minières d’or) disponible aux États-Unis seulement. Il a aussi la tâche d’analyser les produits de consommation de base (ex.: épiceries et pharmacies). Il y a deux ans, Hugo Lavallée s’est joint à notre équipe. Il est analyste des titres technologiques et de ceux liés aux produits forestiers.
O.R.: Décrivez-nous une journée type.
M.L.: Avant l’ouverture de la Bourse, je lis toutes les nouvelles qui peuvent avoir un impact sur les marchés, sur les titres détenus dans mon fonds et sur ceux que je surveille. De plus, j’analyse les nouvelles données économiques et les derniers résultats financiers publiés par les sociétés publiques. Je regarde seulement les informations qui peuvent avoir un impact sur mon portefeuille. Ensuite, je prévois les transactions que je veux réaliser pendant la journée et j’en parle à nos négociateurs. Règle générale, je fais mes analyses, je vais à des conférences, je lis des rapports annuels et j’assiste à des présentations de compagnies publiques. Tous les jours, environ 20 représentants d’entreprises viennent à nos bureaux pour nous parler de leurs résultats et de leurs activités. En moyenne, j’assiste à cinq à huit de ces rencontres par semaine.
Rendement du fonds Fidelity Potentiel Canada au 31 mars 2004
Sur 1 mois Sur 3 mois Sur 6 mois Sur 1 an Sur 3 ans
-0,84 % 6,89 % 22,58 % 45,91 % 13,04 %
Note: Les rendements passés ne sont pas garants des rendements futurs.
O.R.: Quel type de gestionnaire êtes-vous?
M.L.: Je gère selon les principes de la croissance à prix raisonnable. Je recherche des compagnies de qualité avec de bonnes parts de marché. La société doit offrir des perspectives de croissance de ses bénéfices et de ses parts de marché. Je suis intéressé par l’achat de titres d’entreprises qui savent où elles s’en vont, avec une bonne équipe de direction.
O.R.: Par exemple, qu’est-ce qui vous a amené à investir dans Alimentation Couche-Tard?
M.L.: J’ai acheté les actions de cette compagnie au début de la création du fonds. C’était une entreprise de qualité qui avait de bonnes parts de marché. On sentait de la nervosité en 2000, mais son président continuait à faire des acquisitions. La marge bénéficiaire était en hausse. Alimentation Couche-Tard avait un historique de croissance et il y avait tout lieu de croire que c’était pour se poursuivre. De plus, la compagnie était animée par un bon leadership.
O.R.: Comment déterminez-vous la valeur d’une action?
M.L.: Je regarde plusieurs données comme les profits par action, la valeur comptable, la croissance des profits par action et les flux monétaires générés par la société après les dépenses en immobilisations. À partir de ces éléments, je suis en mesure de me faire une idée sur la valeur de l’action de la société.
O.R.: Quand décidez-vous de vendre un titre?
M.L.: Essentiellement, je vends quand les éléments fondamentaux ont changé, que ce soit à propos de l’entreprise ou de son industrie. Je préfère garder mes titres le plus longtemps possible. En général, mon taux de roulement est de 100 % par année. Quant à mes titres les plus importants, comme mes convictions sont plus fortes, j’en vends seulement la moitié. Pour les autres titres, je les change environ deux fois par année, mais il m’arrive d’en éliminer, en en vendant uniquement une partie.
O.R.: Qu’est-ce que vous trouvez le plus difficile dans votre travail?
M.L.: La croissance des profits et les taux d’intérêt sont les deux éléments qui influent le plus sur le marché des actions. Lorsqu’un changement important survient dans l’un de ces deux points, nous ajustons le portefeuille. Nous ne devons pas nous tromper et ni avoir peur d’apporter de bons changements, sinon ça va nous coûter plus cher.
Auteur : Stéphane Mondou , Directeur du marketing , Groupe Option Retraite , s.mondou@option.ca







