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Fonds mutuels

L’abécédaire de l’achat de fonds communs de placement

Lorsque vient le temps d’investir dans les fonds communs, bien des épargnants accordent une grande importance à la cote attribuée à chacun. Cette dernière est décernée par des firmes d’évaluation spécialisées. Morningstar, une société de recherche de Chicago, est probablement la plus citée par les investisseurs et les conseillers.

La cote attribuée mensuellement par Morningstar recompense les fonds qui comptent un minimum de trois ans de rendements historiques. La cote donnée fait état de la performance ajustée selon le risque d’un fonds par rapport à ses pairs de meme catégorie et, lorsque cela s’applique, les cotes prennent en consideration les données sur trois, cinq et dix ans. Au Canada, il existe 35 catégories de fonds. Ces dernières sont définies par le Comité de normalisation des fonds d’investissements (IFSC). Il faut au moins 20 fonds admissibles (au moins 3 ans d’existence) dans une catégorie pour que cette dernière soit évaluée.

Les cotes constituent un point de comparaison intéressant, mais elles sont loin de vous assurer une sélection sans faille. Entre autres, le professeur Marshall E. Blume, professeur de finances et directeur de Rodney L. White Center pour la recherche, a montré que le système de Morningstar favorisait les fonds ayant le moins d’historique. De plus, il ne faut pas oublier que le système évalue le passé et ne prévoit donc pas le futur. L’industrie accorde beaucoup d’importance à ces étoiles. Les compagnies de fonds communs de placement utilisent leurs fonds primés (de 4 ou 5 étoiles) dans leurs publicités, car cela a du succès. Ces fonds étoilés attirent donc beaucoup d’investisseurs au détriment des autres fonds.

Ironiquement, les fonds 5 étoiles d’aujourd’hui ne sont pas nécessairement les fonds 5 étoiles de demain. Dans une comparaison des fonds 5 étoiles de 1992 et 1995, les Américains Edward Nelling et Ajay Khorana, spécialistes en finance, ont découvert dans une étude sur les fonds communs de placement qu’aucun d’entre eux n’a pu conserver la même note. Lorsque vient le temps de sélectionner un fonds commun, il vaut mieux effectuer une analyse approfondie.

Voici donc dix points à prendre en consideration au moment de l’achat de fonds. Audelà de ces points, il ne faut pas oublier que la performance de votre portefeuille sera beaucoup plus influencée par la qualité de votre répartition d’actifs que par la selection individuelle de vos fonds.

1. Le gestionnaire
Le premier élément à savoir: qui gère le fonds? Depuis combien de temps ce gestionnaire est-il à son poste? S’il est nouvellement à la barre du fonds, on ne pourra se servir des rendements passés de celui-ci, car il n’en est pas responsable. Il faudra chercher à savoir s’il gère d’autres fonds semblables ou s’il le faisait auparavant. Le cas échéant, on pourra se servir des resultants passés du fonds correspondant. Par exemple, lorsque Brandes (Brandes Investment Partners, L.P.) a quitté la gestion du fonds AGF valeur international en juin 2003, les investisseurs ne pouvaient plus acheter le fonds en se fondant sur la bonne cote de ce dernier. Mais comme les nouveaux gestionnaires, David Herro et Ed Loeb de Harris Associates, avaient déjà géré un fonds semblable, on pouvait analyser leurs résultats passés.

2. Le style du fonds
(pour les fonds d’actions) Le fonds est-il de style valeur ou croissance? Comme il existe des différences fondamentales entre les deux styles, il est important de savoir dans quoi on investit. Le gestionnaire d’un fonds valeur choisira des titres qui se transigent à bas prix. Les sociétés sélectionnées devront cependant être de bonne qualité. Le gestionnaire d’un fonds de croissance choisira plutôt des titres qui présentent des fortes probabilités de hausse de leur benefice à long terme. Il mise sur le fait que les investisseurs portent beaucoup d’intérêt à la croissance des bénéfices. Ces titres sont donc souvent plus sensibles aux mauvaises nouvelles. Selon vos perspectives du marché, choisissez le style de fonds qui devrait avoir les meilleures performances.

3. Le risque
Deux mesures permettent d’une certaine façon de déterminer le risque rattaché à un fonds commun: l’écart-type et le bêta. L’écart-type mesure les différences entre le rendement du fonds et son rendement moyen sur une période donnée. Un écarttype élevé indique que le fonds présente une grande volatilité de son rendement. Comme l’écart-type n’est pas une mesure parfaite, on peut regarder le bêta pour avoir une meilleure indication sur le risque. Le beta indique dans quelle mesure le fonds fluctue à la suite d’une variation de l’indice de référence. Un beta supérieur à 1 présente un fonds volatil, contrairement à un fonds présentant un bêta inférieur à 1.

4. Les rendements passés
Une étape facile et importante est de comparer la performance du fonds sur plusieurs périodes et en comparaison avec son indice de référence et la moyenne des fonds de sa catégorie. Ensuite, on peut se poser quelques questions: Êtes-vous à l’aise avec ces resultants passés? Le fonds offre-t-il une constance de rendement au fil des ans (périodes de trois, cinq et dix ans)? Pouvez-vous vivre avec la pire performance du fonds? Le fonds devrait avoir un historique couvrant au minimum un cycle économique complet, et même deux de préférence, afin d’avoir une lecture juste.

5. La corrélation du fonds avec vos autres fondsVous pourriez penser qu’acheter deux fonds d’actions canadiennes différents vous donne une meilleure diversification, mais dans les faits, il se peut que ça ne soit pas le cas. À l’occasion, des fonds peuvent réagir dans le même sens à la suite d’une variation donnée du marché. Vous devez donc accorder une très grande importance à la corrélation des fonds. Un indice de corrélation de 1 indique que les deux fonds réagissent pareillement, à la suite d’une variation du marché. Il faut donc rechercher des fonds qui ont une faible corrélation, lorsqu’on les compare entre eux.

6. La taille du fonds et ses ventes actuelles
Un gestionnaire pourrait avoir de la difficulté à gérer un fonds regroupant trop d’actifs. Pour qu’un titre ait un impact significatif sur le rendement d’un fonds, il doit représenter un certain pourcentage de ce dernier. Par exemple, un gestionnaire d’un fonds de petites capitalisations aura de la difficulté à respecter son mandate si le seuil minimum d’investissement (seuil pour que le titre acheté ait un minimum d’impact) est trop élevé. Heureusement, les familles de fonds ferment généralement un fonds avant que celui-ci regroupe trop d’actifs, mais ce n’est pas toujours le cas; il faut donc être alerte de ce côté. Le seuil maximal d’actif pour un fonds varie d’un type à un autre. Évidemment, un fonds canadien atteindra plus rapidement le seuil de convenance qu’un fonds américain. Si le fonds que vous surveillez a un niveau d’actif élevé, il serait peut-être de mise de vous rabattre sur un autre fonds de qualité. De plus, il faut regarder les ventes actuelles du fonds et faire attention à ceux qui sont en rachat, c’est-à-dire les fonds qui voient les investisseurs actuels quitter le navire. Dans pareille situation, le gestionnaire doit liquider certaines positions afin que les détenteurs de parts récupèrent leur argent. C’est une situation difficile pour le gestionnaire. À la limite, ce dernier doit vendre des positions qu’il aurait voulu normalement conserver.

7. Les distributions
Si vous êtes à la recherche de revenus, assurez-vous d’abord que le fonds commun que vous choisissez verse une distribution (somme) mensuelle ou trimestrielle. Une fois rassuré, vous devez regarder la constance et le niveau de distribution. Est-ce que le fonds a toujours réussi à verser la distribution comme prévu? A-t-il toujours versé le même montant? S’il a dû diminuer le montant de la distribution, posez-vous des questions. Enfin, regardez si le fonds génère suffisamment de rendement. Si ce dernier distribute davantage que ce qu’il génère, votre capital en sera affecté. Si c’est le cas, vous devez décider si cela est acceptable ou pas pour vous.

8. La fiscalité
Avec un système d’impôt aussi gourmand, faites attention à l’aspect fiscal de vos placements. L’impôt à payer sur vos placements a-t-il un impact important sur vos rendements à long terme? Le fonds distribue-t-il ordinairement du gain en capital, des revenus d’intérêt ou des revenus de dividende? Quelle est sa cote après impôts selon Morningstar? Quel est son rendement après impôts? Voilà autant de questions qui vous permettront de déterminer si vous êtes à l’aise avec votre fonds sur le plan de la fiscalité. En fin d’année, il faut faire doublement attention. Si le fonds effectue une distribution, vous devrez payer l’impôt sur celle-ci comme si vous aviez détenu le placement toute l’année. Les compagnies de fonds communs informent généralement les conseillers au début de décembre s’il y aura ou non des distributions de fin d’année et quel montant sera versé.

9. Les investissements actuels
Autre point à regarder: les titres détenus par le fonds. D’après vos prévisions ou celles de votre conseiller, est-ce que le gestionnaire investit dans des pays, secteurs ou compagnies qui devraient bien réussir? Par ailleurs, vous pouvez également porter attention à l’encaisse du fonds (parfois très élevée). Si c’est le cas, êtes-vous à l’aise avec la stratégie du gestionnaire?

10. Le ratio des frais de gestion
Plusieurs investisseurs accordent beaucoup d’importance au ratio de frais de gestion (RFG) des fonds. Sachez d’abord que les rendements publiés des fonds sont tous déduits des frais de gestion, donc sans aucune surprise. Payer des frais de gestion plus élevés à un fonds performant, est-ce bien important? Poser la question, c’est y répondre. Si jamais, après avoir regardé les neuf points précédents, vous hésitez entre deux fonds, comparez le ratio de frais de gestion. Dans des marches baissiers, vous serez bien heureux d’avoir compté sur celui qui a les plus bas frais. En terminant, n’oubliez pas que le facteur le plus important pour obtenir de bons rendements, c’est une juste répartition d’actifs. Après coup, essayez de sélectionner avec doigté les titres individuels et les fonds qui composeront votre portefeuille. Si vous n’avez pas d’intérêt dans la sélection de vos placements, sachez qu’un bon conseiller saura vous guider à travers la multitude de choix que vous offrent les divers marches financiers.

Auteur : Stéphane Mondou , Directeur du marketing , Groupe Option Retraite , s.mondou@option.ca

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